(R)éveil : comment avez-vous réussi à vous lever du lit ce matin ?

Le retour de Ze blogue

Publié le mercredi 10 décembre 2003

Mercredi 10 décembre 2003

Là où Montesquieu parle de lui ...

Je n’ai presque jamais eu de chagrin et encore moins d’ennui.
Ma machine est si heureusement construite que je suis frappé par tous les objets assez vivement pour qu’ils puissent me donner du plaisir, pas assez pour
me donner de la peine.
J’ai l’ambition qu’il faut pour me faire prendre part aux choses de cette vie ; je n’ai point celle qui pourrait me faire trouver du dégoût dans le poste où la nature m’a mis. L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté.
Je m’éveille le matin avec une joie secrète ; je vois la lumière avec une espèce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content.
Je passe la nuit sans m’éveiller ; et le soir, quand je vais au lit, une espèce d’engourdissement m’empêche de faire des réflexions.
Je suis presque aussi content avec des sots qu’avec des gens d’esprit, et il y a peu d’homme si ennuyeux qui ne m’ait amusé très souvent : il n’y a rien de si amusant qu’un homme ridicule.

…Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d'être Français ou bien parce que je suis nécessairement homme, et que je ne suis Français que par hasard.

Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime.

Montesquieu, Les Cahiers